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Texto da antropóloga canadense Helénè Vadeboncoeur sobre o seu encontro com obstetras notáveis da América Latina, entre eles Ric Jones. Aqui um excerto da publicação que saiu em formato virtual sobre a história de lutas e perseverança por um nascimento mais digno. Esta narrativa e outras, sobre profissionais da América do Sul, pode ser encontrada no endereço
http://www.aspq.org/view_bulletins.php?id=53&article=2558
Amérique du Sud
Rencontres avec des obtétriciens gynécologues remarquables
Hélène Vadeboncoeur, Ph. D.
Chercheuse en périnatalité
En juillet 2005, je participais à une conférence mexico-brésilienne sur la naissance. J’y ai présenté les résultats de ma thèse de doctorat sur l’humanisation de l’accouchement. L’ensemble de la conférence était intéressant, mais je fus très frappée par les propos d’obstétriciens-gynécologues d’Amérique latine qui y étaient aussi conférenciers. À tel point que j’eus l’idée d’écrire cet article pour qu’on sache que de tels médecins existent, qu‘ils osent penser et agir différemment et qu’ils endossent et font la promotion de pratiques comme l’accouchement à domicile ou l’accouchement dans l’eau, ce qui est du rarement vu en Amérique du Nord. Je n’avais jamais vu, non plus, autant de médecins participer à une conférence sur l’humanisation de la naissance.
Les trois médecins que j’ai interviewés pour cet article sont dans la quarantaine : deux hommes et une femme. Un des médecins est brésilien les deux autres sont vénézuéliens. Tous ont graduellement modifié leurs façons de penser et de faire les choses, au fil des ans. Plus souvent qu’autrement, ce sont des femmes, la leur ou des clientes, qui ont contribué à changer leur vision de l’accouchement ou encore, pour la femme médecin, la manière dont les femmes étaient traitées en centre hospitalier quand elles accouchaient.
Voici leur histoire.
Ricardo Herbert Jones
Le docteur Ricardo Herbert Jones est un obstétricien-gynécologue brésilien, de Porto Alegre. Il a étudié la médecine à l’Université fédérale de l’État du Rio Grande de Sul, puis, quelques années plus tard, l’homéopathie. Il a 45 ans, deux enfants, et est marié à une infirmière-sage-femme. Son ouverture à l’humanisation de l’accouchement s’est faite en plusieurs étapes. De manière surprenante, il évoque d’abord sa propre naissance, qui eut lieu avec l’aide d’une sage-femme, dans le corridor de l’hôpital, avant que le médecin n’arrive, ce qui selon lui ne fut pas sans conséquences : « Je me suis toujours senti « endetté » envers les sages-femmes… j’en ai marié une ! ».
La première fois que, selon ses propres mots, il s’est « ouvert les yeux », c’est à la naissance de son premier fils, il y a plus de 20 ans de cela, alors qu’il étudiait la médecine : « J’ai vu pour la première fois la puissance d’une femme accouchant elle-même, avec son propre pouvoir ». La seconde fois, c’est alors qu’il était résidant en obstétrique-gynécologie, il y a 20 ans, et encore « plein d’illusions ». Alors qu’il prenait une pause avec des collègues, une infirmière surgit en criant « urgence médicale, une femme accouche seule ! ». Étant le plus qualifié, il se précipite dans la salle d’examen où est la parturiente, se sentant « Superman, je vais la sauver ». Arrivé dans la salle, il ne voit rien « Où est la femme ? ». Il ne l’avait pas vue, accroupie qu’elle était dans un coin. Je lui dis « Femme ! Pourquoi es-tu accroupie ? », voulant la faire changer de position ou grimper sur le lit. Elle lui fait face et l’ignore, ne disant rien, « regardant à travers moi, comme si j’étais en verre ». Il soulève sa robe et voit que la tête du bébé se montre. Il crie à l’infirmière et aux 25 étudiants accourus avec lui « J’ai besoin de ciseaux, ça presse, pour une épisiotomie ! ». La femme en travail ne bronche pas, et le bébé naît dans ses mains nues. Pour la première fois de sa vie, sans gants, il sent la chaleur du bébé, mouillé, quelque chose que, dit-il, il n’oubliera jamais. Ensuite, il dit à la femme « Pourquoi avez-vous fait cela ici ? On a des salles bien mieux équipées ». Encore une fois, elle ne bronche pas. Il examine son périnée, croyant qu’elle aurait déchiré : pas de déchirure. La nouvelle maman se lève, s’installe sur la civière, et on la sort de la salle d’examen. Le bébé est emmené en néonatalogie, « kidnappé », selon les mots du docteur Herbert Jones, par le personnel. Mais ni la nouvelle maman, ni son bébé, n’ont eu de complications.
Cette expérience le marque profondément. Comme il était de garde, il doit s’expliquer devant ses patrons, se défendant d’avoir fait quelque chose de mal. Mais, au fond de lui, souligne-t-il, « je me suis senti très mal : quelque chose était arrivé et je ne savais pas quoi ». Il retourne à la salle d’accouchement, où une employée nettoie et lui dit « Oh, docteur, c’était fantastique que vous soyez là. Imaginez si vous n’aviez pas été là ! ». Et, alors, dit-il, « Le ciel m’est tombé sur la tête. Je savais intuitivement que si je n’avais pas été là, cette naissance se serait mieux passée. J’ai réalisé alors que chacune de mes attitudes ou actions dans cette chambre avait empiré l’accouchement. Je me suis alors rappelée de ma mère, et de toutes les femmes au monde qui ont donné naissance par elle-même ». Suite à cette expérience, il choisit (cette possibilité lui avait effleuré l’esprit) de ne pas quitter l’obstétrique, et de commencer à apprendre des femmes qui donnent naissance et avec elles.
Dix ans après, une femme lui demande de l’aider à accoucher chez elle. Quelque temps auparavant, il avait cessé de travailler dans un hôpital public, n’aimant pas l’absence de continuité des soins et trouvant difficile d’établir des relations significatives avec des patientes qu’il n’avait jamais vues. Il s’était alors tourné vers la pratique en clinique privée. Il explique à cette femme tous les risques de l’accouchement à domicile. Il n’accepte pas d’être présent mais plus tard, elle l’appelle au milieu de la nuit (Docteur Herbert Jones donne le numéro de téléphone de son domicile à ses clientes) et lui dit que son bébé est né. Il appelle sa conjointe, infirmière sage-femme, et va la voir. Quand ils arrivent chez elle, elle est sous la douche, le bébé endormi dans ses bras, les deux sont reliés par le cordon ombilical. Ils coupent le cordon, sèchent le bébé. Il réalise qu’elle n’a pas eu besoin d’un médecin, pas plus pour cet accouchement que pour les autres qui vont suivre. Au deuxième bébé, elle lui demande « Docteur, pouvons-nous recommencer ? ». Mais quand elle l’appelle, le bébé est né. Après la naissance du troisième, il comprend que le médecin a une place à l’accouchement à condition qu’il ne fasse rien, qu’il devienne un reflet, au lieu de briller sur un piédestal.
Quelques années plus tard, une jeune fille de 15 ans vient le voir, désirant accoucher à domicile. C’est une jeune femme intérieurement blessée, dont la mère est dépressive, provenant d’un milieu vivant beaucoup de difficultés. Cette fois, il accepte et se rend compte de la transformation de la jeune fille, suite à son accouchement. Lors de la conférence, le docteur Herbert Jones nous montre d’ailleurs de très belles images de cet accouchement, « Uma historia de amor e de coragem ». (Une histoire d’amour et courage)
Comme il le souligne, « On ne s’ouvre pas les yeux d’un cou, et j’aurai toujours à apprendre quelque chose des femmes ». Depuis 1996 toutefois, il a changé radicalement sa pratique, faisant équipe avec sa conjointe, infirmière-sage-femme et une doula qui l’a invité à travailler avec elle, aidant les femmes pendant la grossesse et l’accouchement, dans le lieu où elles désirent mettre au monde leur enfant. Plus souvent qu’autrement, il ne fait rien lors de l’accouchement, assis dans un coin et lisant une revue. Depuis, il a rencontré un autre obstétricien-gynécologue, qui pense comme lui, après avoir œuvré de façon solitaire à Rio de Janeiro durant une douzaine d’années, sous les moqueries ou les critiques de ses collègues. D’avoir enfin rencontré dans son pays une âme-sœur le réconforte.
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